Des avatars pour faire passer les entretiens d'embauche

Passer un entretien d’embauche mené par des avatars, c’est ce que propose le Centre de réalité virtuelle de Clermont-Ferrand, mais cette méthode, bien moins coûteuse, suscite la critique des spécialistes car elle ignore le contact humain, crucial pour une embauche.

Le directeur du Centre de réalité virtuelle, Laurent Baleydier, montre fièrement la méthode: la mise en condition des candidats à l’embauche dans un « cube immersif », une pièce de trois mètres de côté dotée d’écrans géants où apparaissent quatre avatars qui posent les questions.

Ce jour-là, un candidat tente de répondre aux questions des avatars, muni de lunettes 3D. Les avatars sont pilotés par un opérateur à distance qui peut lancer une série de questions de son choix.

Il y a des questions-piège classiques telles que: « quel est votre plus beau succès dans votre carrière et votre plus grand échec ? »

Il y a aussi des questions sur la rémunération, le candidat étant amené à dire ce qui importe le plus pour lui, le salaire ou la réussite professionnelle.

Cet entretien virtuel dure environ trente minutes. Il s’adresse pour l’heure à des sociétés voulant former des recruteurs et non pas encore à celles voulant l’utiliser comme moyen de recruter, explique M. Baleydier.

Pour Michel Debout, psychologue spécialisé dans le monde du travail au CHU de Saint-Etienne, cette méthode fait l’impasse sur l’aspect crucial de la relation humaine directe.

« Ce qui est déjà problématique aujourd’hui, c’est l’authenticité de la relation humaine. S’il n’y a plus cela, où va-t-on? On est dans l’excès alors que ce qui manque, c’est la qualité humaine », souligne-t-il.

Pour Julien Guegan, ingénieur en sciences cognitives au CNRS à Clermont-Ferrand, « il n’est pas judicieux de traiter une chose aussi sérieuse qu’un entretien d’embauche avec des avatars. Il vaut mieux un contact humain direct », indique-t-il.

Au total, 25 candidats sont pour le moment passés et « 24 nous ont dit qu’ils avaient vraiment eu l’impression d’un entretien d’embauche », explique M. Baleydier.

Ce système, commandé par Athalia, une petite société de conseil en ressources humaines basée à Clermont-Ferrand, va être commercialisé. « On reçoit une trentaine de DRH le mois prochain », affirme M. Beleydier.

Le simulateur ne coûte que quelques centaines d’euros à la location par jour, une somme modique pour une entreprise comparée à une structure classique de recruteurs en chair et en os. Mais ce n’est encore qu’un prototype.

Il n’y a en France qu’une poignée de telles entreprises spécialisées. Celle de Clermont-Ferrand n’a que deux ans d’existence.

Elle a d’autres thèmes de recherche, dont celui de développer des simulations d’entretiens commerciaux et de prise de parole en public. Pour ce sujet, les chercheurs remplaceront les quatre avatars par une foule de 300 personnes virtuelles sur les cinq écrans.

Le centre de recherches est animé par six personnes et financé par la communauté urbaine de Clermont-Ferrand, la Région Auvergne et l’Union européenne. Son budget annuel est encore modeste avec 200.000 euros, mais son chiffre d’affaires est en hausse constante et devrait doubler en 2012.

Source : RTL.be

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