« L’étrange pouvoir de Norman » sort mercredi 22 août en salles. Ce bijou de film d’animation est le premier à utiliser des imprimantes couleurs en 3D : elles ont permis de créer les plus de 31000 têtes de rechange nécessaires au tournage.

La tête de Neil, le copain de Norman dans "l'étrange pouvoir de Norman", a été fabriquée avec une imprimante 3D. Crédit LAIKA/ Focus Features/ Universal Pictures

La tête de Neil, le copain de Norman dans « l’étrange pouvoir de Norman », a été fabriquée avec une imprimante 3D. Crédit LAIKA/ Focus Features/ Universal Pictures

Amateurs du cinéma d’animation – et du cinéma tout court – sachez que L’étrange pouvoir de Normansort mercredi 22 août en salles… et c’est un petit chef-d’œuvre ! Il s’agit d’un film tourné en stop-motion : les « acteurs » ne sont pas des images de synthèse moulinées par ordinateurs, mais de petites poupées ultra-perfectionnées, bourrées de détails et évoluant dans des décors eux aussi réels.

MAGIE. Un film étant composé de 24 images par seconde, les animateurs doivent manipuler minutieusement leurs « acteurs » sur un vrai plateau, photographier chaque plan puis juxtaposer les images afin de restituer un mouvement fluide. Comme on le dit joliment du côté du studio LAIKA qui a produit le film, c’est « de la magie cousue main ».

Un travail de Romains !

On peut aussi dire que c’est un travail de Romains. Ainsi, le département des marionnettes ne comportait pas moins de 60 personnes et 3 ou 4 mois étaient nécessaires pour construire chaque marionnette, faite de silicone, de mousse de latex et de résine entourant une structure métallique. Voyez cette séquence vidéo qui restitue les étapes nécessaires à la fabrication de Norman lui-même.

« RAPID PROTOTYPING ». L’innovation la plus singulière est liée à l’animation des visages des personnages. Si les zombies du film (car oui, il y a des zombies) sont dotés de têtes mécaniques, d’une texture molle mais aux traits rigides et peu expressifs (c’est néanmoins la façon de faire classique dans ce type de cinéma), tous les autres protagonistes bénéficient eux de têtes de rechanges. Ainsi, quand Norman fait une grimace, il utilise 150 têtes différentes !

Impossible de fabriquer les milliers de « masques » nécessaires à la main. Les animateurs ont donc eu recours à la technique du Rapid Prototyping, autrement dit de l’imprimante 3D. Cette technique permet de réaliser des impressions en volume, en utilisant une résine spéciale – là où l’imprimante de bureau utilise de l’encre.

RÉSINE. L’impression en 3D permet ainsi de fabriquer à la chaîne des « visages de rechange » en volume et pour la première fois, sur L’étrange pouvoir de Norman, en couleur ! En fait le studio a utilisé une résine de silicone dont couleur et texture sont presque celles de la peau et qu’il ne restait donc plus qu’à maquiller et éclairer d’une façon adéquate.

Le département de Rapid Prototyping comptait 45 animateurs, assembleurs et modélistes. Ils ont produit plus de 31000 têtes de rechanges, faisant de L’étrange pouvoir de Norman le tout premier film utilisant des imprimantes couleurs en 3D. Un petit exploit rendu possible par les énormes progrès qu’a fait cette technologie ces dernières années.

L’impression 3D, descendante de la stéréolithographie

En fait, imprimer en volume est déjà possible depuis une vingtaine d’années. La « stéréolithographie », développée dans les années 80 par l’américain Charles Hull, permet de façonner automatiquement des objets à partir de résine liquide qui se fige une fois éclairée par un laser. On peut ainsi, rapidement, passer d’un dessin couché sur le papier à un prototype en volume pour en tester la prise en main.

PROTOTYPES. Utile pour fabriquer des prototypes de téléphones portables ou, dans l’automobile, des pièces de carrosseries. Mais alors que les machines nécessaires à la « stéréolithographie » classique sont assez énormes, les progrès de miniaturisation permettent maintenant de fabriquer automatiquement des objets en volume avec des imprimantes aux dimensions semblables à celles de la bureautique.

De fait, l’exemple de …Norman n’est pas isolé : l’impression 3D est en passe de se démocratiser. Des sociétés comme Fabbaloo ou Solidoodle proposent déjà des imprimantes entre 500 et 1500 dollars. Sur cette vidéo en accéléré, on voit comment le modèle Solidoodle fabrique un crâne, par un amoncellement de couches successives… Impressionnant !

Olivier Lascar
Sciences et Avenir

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