Le vibromasseur y a été commercialisé en 1902, dix ans avant l’aspirateur et le fer à repasser. Depuis quelques mois, il est devenu un must…

Photo d'illustrationPhoto d’illustration © Marlène Awaad / IP3 Press / Maxppp

On a frôlé l’émeute il y a quelques jours à New York. Trojan, la grande marque de préservatifs, a affrété deux chariots de vendeurs de hot dogs et a distribué dans la rue 10 000 vibromasseurs gratuits. La queue des passants était tellement longue que ça a bloqué la circulation, obligeant le maire à interdire l’opération publicitaire, avant de l’autoriser de nouveau. « Les vibromasseurs sont officiellement devenus grand public », a clamé Bruce Weiss, le vice-président du marketing de Trojan.

Ils sont en tout cas très à la mode. « Depuis dix ans, on note une énorme explosion du marché des jouets sexuels et c’est un des secteurs les plus lucratifs », affirme Diane Duke, directrice de la Free Speech Coalition, l’association du porno. En l’absence de chiffre précis, on estime les ventes mondiales à quelque 15 milliards de dollars par an, les États-Unis étant l’un des plus gros consommateurs.

Merci Sex and the City

« C’est Sex and the City qui a tout déclenché », raconte Susan Colvin, la fondatrice de California Exotic Novelties, l’un des principaux fabricants américains. En 1998, dans un épisode quasi culte de la série, Charlotte devenait accro à son Rabbit Pearl, assurant du jour au lendemain la popularité de l’engin. Les lois puritaines ont aussi beaucoup aidé. Pour contourner la législation qui, au Texas notamment, interdisait la vente de jouets sexuels de forme phallique et de couleur chair, les fabricants ont inventé des produits roses et mauves aux lignes futuristes. « Le vibromasseur a ainsi perdu son côté vulgaire et malsain, ça l’a rendu moins tabou, plus acceptable », explique Laura Sweet de Honey’s Place. Par là-dessus, l’Internet a révolutionné l’industrie en permettant au consommateur de faire ses emplettes en toute discrétion, mais également en aidant les fabricants à améliorer leurs produits grâce aux commentaires des clients en ligne.

Aussi courant que l’aspirine

Selon une étude de l’université de l’Indiana de 2008, 53 % des femmes et 45 % des hommes entre 18 et 60 ans ont eu recours à un vibromasseur, et, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas un plaisir solitaire. Près de 40 % des deux sexes s’en servent avec un partenaire. Cela a donné des idées aux grands groupes comme Philips, Hitachi et Durex qui, ces dernières années, ont tous lancé une gamme de jouets sexuels.

Aujourd’hui, le vibromasseur a tout envahi, les magazines féminins, les séries de télévision et jusqu’au drugstore du coin, où on le trouve entre l’aspirine et le déodorant. La section « Érotisme Sexe et Sensualité » lancée par Amazon en 2003 est passée, sur le site américain, de 338 à plus de 45 000 produits, des menottes en fourrure aux petites culottes comestibles parfumées au fruit de la Passion. Et les sex-shops deviennent des endroits chics. À Brooklyn, Babeland expose dans un décor jaune et rose pimpant une série d’objets design répondant aux doux noms de Fifi, Mona ou Ola et qui ressemblent plus à des gadgets électroniques qu’à des appareils chargés de stimuler le point G. Le magasin offre des brunchs sur « l’art de la fellation », un service de livraison à bicyclette pour les clients pressés, et même une table à langer et des jeux pour occuper les bambins pendant que leurs mères testent les dernières nouveautés.

Un vibro à 13 500 dollars

Ces dernières années, sous l’influence de designers connus, il n’a cessé de se sophistiquer. On en trouve maintenant en format de poche, décorés de fleurs, en silicone, titane, aluminium, platine incrusté de diamants, et même en or. Plusieurs marques ont lancé des collections de luxe, comme Lelo, un fabricant suédois qui a créé Inez, un vibro de 24 carats vendu pour la modique somme de 13 500 dollars. Il y a aussi les vibros écolos, sans phtalates, alimentés par énergie solaire, rechargeables par ordinateur… Et surtout, finie la forme phallique ! Le Duet a l’allure d’un diapason et se recharge avec une clé USB. Le We Vibe, un vibromasseur de couple, ressemble à un mini serre-tête, quant à la marque japonaise Tenga, elle a créé un masturbateur masculin en élastomère qui a la forme d’un oeuf.

Tous ces gadgets sont aussi de plus en plus high-tech. Ola de Minna est un vibromasseur programmable, « intelligent », qui mémorise vos préférences. Lelo vient de lancer un masseur intime avec télécommande sans fil qui, selon la manière dont on l’incline, change l’intensité et la vitesse. Quant à votre portable, il peut désormais servir à bien d’autres choses qu’à téléphoner. Par exemple, déclencher à distance par texto ou sonnerie un vibromasseur. Attention, met en garde l’une des marques, il peut être actionné aussi par d’autres portables à proximité. Imaginez l’enfer dans le train lorsque tout le wagon téléphone ! OhMiBod, lui, a inventé un vibromasseur qui vibre au rythme de la musique d’un iPod ou d’une stéréo. « Chaque chanson procure un effet différent », explique la fondatrice Suki Dunham, une ex d’Apple, qui précise que son joujou est sensible à n’importe quel signal auditif, de Wagner au marteau piqueur. Elle a aussi créé une application iPad. Il suffit de caresser l’écran de haut en bas pour modifier le rythme des vibrations.

Les ligues de vertu ne pipent pas mot

« Cela devient un symbole de statut social, on s’en vante, on les montre », observe Ariana Rodriguez, journaliste à XBIZ, l’organe du porno. Et comme pour les chaussures, on les collectionne. « Les gens adorent les gadgets et veulent le dernier vibro, comme ils veulent le dernier téléphone », renchérit Laura Sweet. Et ça ne touche pas que les fans de Sarah Jessica Parker. Il existe maintenant des sites « religieux », comme Covenant Spice qui vend des « aides sexuelles chrétiennes », traduisez des jouets coquins, pour « consolider le mariage » ou KosherSexToys.net qui garantit que rien sur ce site ne vous fera « rougir » avant de proposer une demi-douzaine de modèles de fouets. C’est tellement entré dans les moeurs que Trojan a osé une campagne de pub télé pour un de ses masseurs intimes, sans que les ligues de vertu pipent mot.

La prochaine étape, c’est le sexe virtuel. Jusqu’ici, on ne disposait que de deux sens, l’ouïe et la vue. Mais grâce à un procédé dit « haptique », on peut expérimenter maintenant le toucher. En 2009, AEBN a lancé RealTouch, un masturbateur masculin, une sorte de boîtier connecté à un ordinateur qui reproduit les sensations tactiles – chaleur, moiteur et mouvements – des scènes du film porno qu’on regarde. L’appareil créé par un ex-ingénieur de la Nasa est « ce qui se rapproche le plus de la réalité et a un succès fou », affirme Scott Rinaldo, le responsable. Certes, « le prix est élevé, mais les services d’une actrice en chair et en os reviendraient beaucoup plus cher », rétorque-t-il. AEBN va bientôt lancer un produit encore plus révolutionnaire. Le masturbateur ne sera plus relié à l’action d’un film, mais au godemiché d’une vraie partenaire, équipé de capteurs qui transmettront les sensations… comme si on y était.

Un gros potentiel

L’avenir de l’orgasme assisté par ordinateur n’excite pas tous les fabricants de jouets. « Depuis 10 ans, les expériences de sexe virtuel n’ont pas marché. C’est intéressant, mais cela ne se vend pas, parce que les gens veulent avoir le contrôle de leurs orgasmes », observe Susan Colvin, qui croit plus au marché du bon vieux vibro. « Le potentiel est énorme. Les plus gros acheteurs sont les jeunes, mais aussi les baby-boomers et on me demande souvent si j’envisage de créer une gamme senior. »
Embauché l’an dernier par la chaîne Travelodge pour imaginer la chambre de 2030, le futurologue Ian Pearson décrivait un hôtel où non seulement des draps électroniques pourraient « délicatement masser les dormeurs ou jouer des rôles actifs dans les rêves », mais aussi où les clients porteraient des lentilles de contact capables, en pleins ébats amoureux, de modifier l’apparence de leur partenaire. Marilyn ou George Clooney dans votre lit ? De quoi avoir envie de vivre à l’hôtel toute l’année…

Source : Lepoint.fr

Lire aussi « Les sex-toys font vibrer le tribunal »

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  1. Arnaud dit :

    L’utilisation de ces « jouets sexuel » est pour casser la frustration que le puritanisme américain fait subir!